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08 mars 2014

Le Kamasutra de l'amour Fraternel

Le Ciment et la Pierre sont deux éléments essentiels pour la construction et donc pour notre symbolique Maçonnique. Notre chaine d’union s’associe ainsi à un texte fort :

« L’amour Fraternel est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre vieille confrérie. » Quelle belle phrase, en apparence simple et compréhensible, pour son accessibilité réelle c’est une autre question beaucoup plus subtile qui nous amènera ensuite à la prétention de « connaitre ».

Avec elle nous allons retrouver deux piliers de notre pratique, à savoir une clé d’entrée indispensable pour trouver l’accès à notre chemin spirituel et la réponse à une question fréquente, quel est le travail en loge ?

Symboliquement l’amour fraternel est donc notre ciment, que l’on peut nommer aussi mortier. Et nous sommes identifiés à la pierre qui doit être taillée pour s’insérer dans le mur. Le travail en loge et symboliquement représenté par la construction d’un mur, ou d’une voute et bien sur un peu plus encore selon une certaine légende dont nous ne parlons qu’au grade de Maitre.

Tirons maintenant l’essentiel des deux composantes de ce fameux mur.

L’ « Amour Fraternel ».

Durant ma vie Maçonnique j’ai assisté à de nombreuses et belles envolées sur cette notion, et c’est un concept que l’on évoque souvent lors de nos échanges. Malheureusement, il en va de l’Amour Fraternel comme de l’humilité, il ne sert à rien d’en parler, et le plus souvent, au plus on en parle et au moins il y en a.

Alors qui pourra nous présenter un échantillon de l’objet, quelque chose de concret qui puisse nous montrer à quoi cela ressemble, qui puisse nous montrer comment faire !

Passer du concept à l’action, voilà une vraie question épistémologique.

Oui, enfin le mot est lâché c’est le « comment faire l’amour fraternel » dont il faut parler. C’est uniquement par l’exemple et donc par les actes que l’on peut montrer, et transmettre une connaissance

Je suis maintenant forcé de vous présenter un élément fort et concret de notre secret Maçonnique, au risque de me mettre en infraction avec nos règles et mon serment. C’est ce que je peux nommer ce soir le Kama Sutra de l’amour Fraternel, ou les différentes positions dans l’Amour Fraternel, car il s’agit bien d’actes, ou prises de positions dont nous devons avoir le Désir sur notre chemin de spiritualité.

Je vais vous le livrer en quelques étapes successives sorte de danse des mots ou de parade qui précède ce passage à l’acte :

- « Aime ton prochain comme toi-même », c’est un enseignement majeur car cela nécessite de s’aimer d’abord soi même pour pouvoir aimer les autres.

- Dans la bible le message est précis Jean XIII 34 et 35 « Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres.

Encore une fois c’est beau mais terriblement frustrant, que faut-il faire avec cela ? C’est facile à dire, c’est magnifique à exprimer, mais concrètement par quoi commencer ?

C’est là que réside le secret que je vais enfin vous confier en trois positions majeures :

Position 1 – Je commence par ne pas dire du mal des absents,[1] ou seulement un peu moins tous les jours (car en une seule fois c’est impossible, nous sommes tous gravement atteints par la maladie de la médisance.) Et je commence par me donner des objectifs de courte durée, sur une journée ou deux.

Citation de Monsieur Philippe de Lyon : « il vaudrait mieux prendre un poignard que de se servir de sa langue pour faire du mal. Nous ne pouvons dire du mal que si la personne est présente, mais comme nous ne sommes pas assez courageux, nous ne le ferons pas »

Position 2 - Ensuite j’apprends à ne pas penser du mal d’autrui et des absents, (cela peut commencer à fonctionner quand l’entrainement sur la position 1 a été suffisant.)

Position 3 – Et si d’aventure je n’arrive pas à voir du bon chez l’autre, alors j’apprends à me taire, et si je dois vraiment me protéger d’une agression je le fais par des actes empreints de fraternité virile, c'est-à-dire en conservant un cœur pur.

(Il est bien mentionné largement dans nos rituels que le comportement du Maçon doit rester humble, courtois, discret, mesuré … en toutes circonstances, oui je vous le confirme la barre est haute et nos jambes conservent leur longueur !)

Pour tout cela, j’apprends à voir chez l’Autre le bon coté avant le mauvais, ce qui revient parfois à occulter volontairement ce qui apparait clairement négatif. Car, une loi terrible, nous explique que l’on trouvera toujours chez l’autre ce que l’on a Désir d’y voir. Notre Désir est d’ailleurs un excellent moteur, et peut nous entrainer du bon ou du mauvais coté.

Ou autrement dit, si je vois, je communique et que je m’exprime sur ce qui est mal chez l’autre, ce mauvais coté va se développer sous mon impulsion. Cela fonctionne de la même manière pour le bon coté, ce qui est un peu rassurant.

Mais attention, aux effets de résistance de notre cerveau rationnel :

Il est assez ardu de pénétrer dans la profondeur de cet enseignement, nous avons tous entendu ou fait nous même des remarques ironique sur ce personnages d’il y a plus de 2000 ans qui aurait dit « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. »[2].

Et nous nous sommes dit quel idiot, il va se faire piétiner et massacrer, c’est n’importe quoi !

Oui c’est n’importe quoi sur un plan de la cours d’école, mais sur un plan spirituel, Symbolique et Allégorique cela peut s’exprimer de la manière suivante : « Si je subis une attaque et que je réplique sur le même plan, mon ennemi m’entraine sur son terrain c'est-à-dire celui du mal. Je suis donc dominé d’abord par mon ennemi et ensuite par le malin (celui de la bible, n’oublions pas que nous sommes chrétiens d’origine »

Cela correspond à l’expression claire de l’enfant qui dit, « s’il continue à m’embêter je lui pète la tronche ». Une fois qu’il lui aura pété sa tronche, posons-nous la question suivante : Des deux protagonistes qui est le dominant ? Celui qui frappe ou bien celui qui entraine l’autre sur le terrain de la violence.

Précisons quand même la position numéro trois : Elle ne recommande pas d’être sans réaction à tout, mais en cas de besoin de réaction, ou de protection face à une attaque il est important qu’elle soit physique, c'est-à-dire par des actes et non dans le cœur. Voici une belle piste pour nous mener à l’Amour.

Le Dalaï Lama, qui était un jour interrogé sur la question de la non violence répondit ceci : « La non violence on ne peut pas y déroger, c’est comme cela. Si ton ennemi t’attaque laisse le gagner (sous entendu ne te laisse pas dominer et entrainer sur son terrain), par contre s’il en veut vraiment à ta vie, et comme la vie est ton bien le plus précieux, alors défends toi vigoureusement (des actes), mais … avec compassion (le cœur) [3]» Cet exemple vous éclaire sur un autre angle la notion de fraternité virile qu’il faudrait ici rapprocher de la compassion.

 

J’en arrive maintenant à la fameuse clé que je vous ai annoncée : Il est indispensable de comprendre et ensuite de commencer à pratiquer les trois positions indiquées dans le Kama Sutra de l’amour Fraternel.

A défaut, nos pensées et nos paroles continueront à nous intoxiquer,  - comme on nous l’a appris depuis l'enfance -  à boucher nos pores de la spiritualité, et le cheminement spirituel de notre Maçonnerie restera totalement stérile, quel que soit par ailleurs nos capacités intellectuelles ou relationnelles.

Le point d’entrée est celui là ou il n’est pas, sans le cœur l’intellect reste vide, sans Amour.

Nous pouvons mémoriser l’enchainement suivant : Désir, Rire, Joie et Foi. Comme des sortes de balises sur notre chemin de spiritualité (je me sens assez bien en petit Poucet).

Désir, je l’ai déjà évoqué et il est aussi pour certains un clin d’œil à Louis-Claude de Saint Martin que je ne développe pas.

Rire, car c’est à la fois un outil et un indicateur de spiritualité. Outil, car le bon rire nous permet de ne pas nous prendre au sérieux et de bien Communiquer, c’est aussi le rire de l’enfant que nous avons tant de mal à retrouver.

Joie, car s’il elle ne transpire pas tout au long de notre chemin, c’est tout simplement que ce n’est pas le bon chemin. Connaissez-vous un Maître Spirituel qui soit aussi un triste sire ? Pas moi en tout cas.

Et enfin Foi, car notre chemin est tout simplement vertical, de bas en haut et de haut en bas, oui j’ai bien dis les deux sens. (Simple rappel pour les adeptes de la spiritualité horizontale, on peut dire aussi couchée ou assoupie !)   

Un chemin de connaissance historique, symbolique, philosophique qui serait construit sans un minimum de respect de ces trois « positions » serait totalement inefficace, et stérile, voire pervers, car il aurait seulement l’apparence d’une connaissance spirituelle.

Encore une fois, dirigeons nous, par des actes, du bon coté, - et quel que soit notre niveau il ne nous est pas demandé de devenir des saints mais de réellement nous améliorer si nous en avons le Désir, oui toujours lui ! - ou alors dirigeons nous dans la mauvaise direction. C’est l’un ou l’autre, c’est blanc ou c’est noir. Et nous en répondrons à ce juge le plus impitoyable, qui n’est autre que nous même.

Cela a le mérite d’être dit.

Passons maintenant à la pierre. Dans notre mur, il faut loger des pierres taillées et nous venons en loge tailler notre pierre, c’est LE travail Mac.

Nous la taillons comment ? Par la pratique du rite et la rencontre, les mouvements avec les symboles. Les planches en loge ne constituent pas LE travail Maçonnique elles sont pourtant importantes car elles permettent d’organiser les échanges qui vont permettre à chacun de se nourrir en compréhension et donc ensuite de développer une Connaissance.

Connaissance = Compréhension mise en œuvre, (c'est-à-dire avec des actes, avec du mouvement). Donc le travail c’est le rite. Les planches, les sujets d’échanges nous permettent de partager une compréhension des émotions et ensuite de faire progresser notre Connaissance par notre rencontre avec ces matériaux.

Ce travail de planches et de sujets exprimés ne constituent pas un Travail ou une œuvre au sens Maçonnique car toute expression écrite ou verbale ne peut pas dépasser le niveau de la compréhension intellectuelle alors que l’essence de la Mac est spirituelle. L’entrée par les oreilles ou par les yeux ne donne pas immédiatement l’accès au cœur. C’est ensuite, par notre capacité à utiliser – à infuser dans notre cœur - les matériaux que nous avons échangé que nous pouvons arpenter le chemin de la Connaissance, celui qui modifie nos actes aussi bien que nos pensées, et qui représente le plan spirituel. (Il y aurait un travail complet et beaucoup plus large à faire sur ce point …)

 

En synthèse donc, ces deux symboles de la pierre et du ciment nous sont livrés dès nos premiers pas en Maçonnerie. Il me semble indispensable de comprendre que sans une évolution du cœur en même temps que nos pensées, l’ensemble de cet univers restera stérile, et cela quel que soit le degré de culture intellectuelle que nous pourrions maîtriser.

Les mots ont le pouvoir terrible de se répandre dans notre être, - d’y prendre racine – mais ils sont aussi des masques et c’est le cœur qui les éclaire et leur donne l’accès à la Connaissance, par le chemin de l’Amour.



[1] Sur ce point j’ai été électrocuté récemment par la lecture de la vie de Monsieur Philippe de Lyon, personnage du début du XXième siècle qui guérissait les malades en leur demandant d’être payé en monnaie du ciel, c'est-à-dire ne pas dire du mal des absents au moins pendant quelques heures ou quelques jours. Voir le livre sur sa vie fait par Serge Caillet.

[2] Matthieu V, 39

[3] Je cite de mémoire un discours du Dalaï Lama, pardonnez les éventuelles modifications, car j’espère retranscrire l’esprit.

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